Passer au contenu principal

Ciel & Terre

Il y a une phrase que j’entends souvent en séance. Elle arrive parfois après de nombreuses prises de conscience, avec une forme de lassitude :

« Je sais d’où cela vient. Je l’ai compris mille fois. Et pourtant, je recommence. »

Derrière ces mots se cache une question plus profonde : pourquoi le fait de comprendre ne suffit-il pas toujours à agir autrement ?

Nous pouvons quitter une relation qui ne nous convient plus et nous retrouver, quelques années plus tard, dans une dynamique étonnamment semblable. Nous nous promettons de poser des limites, puis continuons à porter davantage que ce que nous pouvons supporter. Nous changeons de travail, de partenaire ou de ville, mais une même sensation revient : ne pas trouver notre place, nous sentir responsables de tout ou avoir l’impression de ne jamais en faire assez.

Les circonstances changent. Les personnes aussi. Pourtant, certaines situations semblent se répéter.

Comprendre pourquoi nous reproduisons certains comportements ne suffit pas toujours à agir autrement

Comprendre est précieux. Mettre des mots sur ce que nous vivons peut nous soulager et redonner du sens à notre histoire.

Mais ce qui se répète ne relève pas seulement de nos pensées. Cela s’inscrit aussi dans notre corps, dans nos réactions automatiques et dans la manière dont nous avons appris à préserver le lien. Lorsque certaines situations se présentent, une partie de nous réagit parfois avant même que nous ayons le temps de comprendre ce qui est en train de se passer.

Ce n’est pas un manque de volonté.

Ce qui nous limite aujourd’hui a souvent été, à un autre moment de notre vie, une manière de nous adapter : préserver une relation, éviter un conflit, ne pas perdre l’amour de l’autre ou conserver notre place.

Une façon de réagir qui nous a autrefois protégés peut ainsi continuer à se manifester alors que le contexte, lui, a changé.

Nous arrivons dans une histoire déjà commencée

Nous ne naissons pas dans un espace vide. Nous arrivons dans une famille, au sein d’un ensemble de relations qui existait avant nous.

Nous entrons dans une histoire faite de liens, de séparations, de deuils, de silences et d’élans interrompus, mais aussi de forces et de ressources transmises de génération en génération.

Bien avant de pouvoir l’expliquer, nous percevons ce qui permet de préserver notre appartenance : ce qu’il est permis de ressentir, de dire ou de désirer ; la place que chacun peut prendre ; ce qu’il vaut mieux taire ; qui peut partir, réussir ou choisir une vie différente.

Certaines loyautés familiales ne sont jamais exprimées. Elles peuvent pourtant nous conduire à porter ce qui ne nous appartient pas, à nous interdire d’aller mieux qu’un proche qui a souffert ou à reproduire une manière d’aimer simplement parce qu’elle est la seule que nous connaissions.

La perspective systémique ne prétend pas que tout vient de la famille ni que notre histoire décide de notre avenir. Elle nous invite simplement à poser une question supplémentaire :

Ce que je vis aujourd’hui m’appartient-il entièrement ou est-ce aussi une manière de rester fidèle à une histoire plus ancienne ?

Reconnaître ce qui se répète

Certaines façons de ressentir, d’interpréter ou d’agir peuvent réapparaître dans des contextes différents. Elles peuvent se manifester dans notre vie affective, familiale ou professionnelle :

  • choisir des relations dans lesquelles nous ne nous sentons pas vraiment reconnus ;
  • nous adapter excessivement par peur de perdre le lien ;
  • nous sentir responsables du bien-être des autres ;
  • renoncer à un projet au moment même où il commence à prendre forme ;
  • reproduire avec nos enfants ce que nous nous étions juré de ne jamais répéter.

Ces répétitions ne définissent pas qui nous sommes et ne constituent pas une condamnation. Elles correspondent souvent à des réponses devenues automatiques.

Les reconnaître ne les fait pas disparaître immédiatement, mais nous permet de commencer à distinguer ce que nous reproduisons de ce que nous souhaitons réellement vivre.

Que se passe-t-il dans une constellation familiale ?

Une constellation familiale est une approche systémique et transgénérationnelle qui permet de représenter dans l’espace une situation, une difficulté ou une dynamique familiale afin de mieux comprendre ce qui s’y joue.

La personne qui souhaite travailler sur une situation part d’un sujet précis : une difficulté relationnelle, un blocage, une décision à prendre ou une situation qui se répète.

Avec l’accompagnement de la facilitatrice, elle choisit parmi les participants des personnes qui représenteront certains membres de sa famille ou des éléments importants de la situation.

À travers la place occupée par chacun, les distances, les mouvements et les mots qui émergent, certains aspects de la dynamique relationnelle peuvent progressivement devenir visibles.

Il ne s’agit ni de théâtre, ni de reconstituer fidèlement le passé, ni de révéler une vérité cachée sur une famille.

Ce qui apparaît pendant une constellation n’est pas un verdict. Il s’agit d’une représentation symbolique, à accueillir avec discernement, qui peut nous permettre de porter un autre regard sur ce qui est à l’œuvre.

L’objectif n’est pas de désigner un coupable, mais de rendre visible une organisation relationnelle et, lorsque cela devient possible, d’envisager une autre manière de nous positionner.

Représenter, c’est aussi participer

La première fois que j’ai participé à une constellation, je n’étais pas venue avec une situation personnelle à travailler.

Pourtant, en représentant une personne que je ne connaissais pas, cette expérience a fait écho à certains aspects de ma propre histoire.

Dans une constellation de groupe, l’expérience ne concerne donc pas uniquement la personne qui vient travailler sur sa situation. Ce que vit un représentant peut parfois faire écho à sa propre manière d’appartenir à un groupe, de se protéger ou d’entrer en relation.

Les histoires ne sont pas identiques, mais nous partageons des expériences profondément humaines : le besoin d’avoir une place, la peur d’être exclu, le désir d’être reconnu ou la tendance à porter ce qui ne nous appartient pas.

Chacun reste libre de ce qu’il souhaite accueillir, comprendre ou laisser de côté. Représenter n’oblige ni à raconter son histoire ni à interpréter immédiatement ce qui a été vécu.

La complémentarité avec la Gestalt

Dans ma manière d’accompagner, les constellations ne remplacent pas le travail thérapeutique. Elles offrent un autre angle de vue.

La Gestalt part de ce qui se vit ici et maintenant : ce que nous ressentons, la manière dont nous entrons en relation, ce que nous retenons ou ce que nous évitons.

La constellation élargit le regard en nous invitant à observer si ce qui se manifeste aujourd’hui s’inscrit également dans une histoire relationnelle ou familiale plus vaste.

La Gestalt nous ramène à notre expérience présente. La constellation nous invite à regarder le système auquel nous appartenons.

Ensemble, elles peuvent nous aider à relier ce que nous comprenons à ce que nous ressentons, mais aussi à prendre conscience de la place que nous occupons dans nos relations.

Regarder le passé sans y rester enfermé

Explorer son histoire familiale ne consiste pas à faire du passé la cause de tout ni à rester tourné vers ce qui a été.

Il s’agit plutôt de reconnaître ce qui nous a précédés, puis de différencier ce qui nous appartient de ce que nous continuons peut-être à porter par amour, par loyauté ou par besoin d’appartenance.

Nous ne pouvons pas changer ce qui a eu lieu, mais nous pouvons modifier la manière dont nous nous situons par rapport à notre histoire.

Lorsque ce qui se répète devient visible, cela ne disparaît pas nécessairement d’un coup. Mais ces mécanismes ne nous dirigent plus tout à fait à notre insu.

Un espace peut alors s’ouvrir entre notre réaction automatique et la possibilité d’une réponse nouvelle.

Je vous invite à prendre un moment pour vous interroger :

Quelle situation semble revenir dans ma vie, même lorsque les personnes ou le contexte changent ?

Il n’est pas nécessaire d’avoir immédiatement la réponse. Parfois, le premier mouvement consiste simplement à s’arrêter et à regarder.

Les journées de constellations de Ciel&Terre

Ciel&Terre organise à Barcelone des journées de constellations familiales avec Padma Nicole Rupp, thérapeute spécialisée et facilitatrice de constellations.

Padma guide le travail systémique. Pour ma part, j’organise la journée et veille au cadre dans lequel elle se déroule. J’accompagne également le groupe avec ma sensibilité de psychothérapeute Gestalt et de coach en PNL, et j’assure la traduction entre le français et l’espagnol.

Que l’on vienne avec une situation personnelle à travailler ou pour participer comme représentant, cette journée offre un temps pour observer ce qui se répète, laisser l’expérience se déposer et, peut-être, découvrir une autre manière d’être en relation.

Plus d’informations sur les prochaines journées

Julie Plottier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *